C‘est une question que l’on peut se poser à la lecture de ce rapport. Entretemps, le président Macron a annoncé un référendum sur le climat…

L’ADEME, l’agence de la transition écologique, a publié en novembre 2020 son baromètre sur les représentations sociales de l’effet de serre et du changement climatique accessible à cette adresse : https://www.ademe.fr/representations-sociales-changement-climatique-21-eme-vague.
La lecture de ce rapport propose quelques pistes de réflexion intéressantes. Cette année, un échantillon de 1 510 personnes représentatif de la population française et un de 201 parlementaires (députés et sénateurs) ont été interrogés. Ce rapport est donc l’occasion d’examiner les différences de perception entre les français et les parlementaires les représentant. Toutes les figures sont extraites de ce rapport..

Dans les deux échantillons, l’emploi est la préoccupation majeure mais bien davantage pour les élus. On observe une grosse progression par rapport à l’année d’avant liée probablement à la crise sanitaire. L’environnement est en 2e position, un bon point pour le climat

Sur la perception des problèmes environnementaux les plus préoccupants, on observe une différence surprenante entre élus et grand public. La pollution de l’eau est une préoccupation forte des élus, bien plus que dans le grand public. Cette différence surprenante est elle liée à l’attachement local des élus ? Par contre la problématique biodiversité est peu présente chez les élus qui devraient relire le rapport de l’IBES sur l’érosion de la biodiversité.

La figure suivante est particulièrement préoccupante. Encore 35% des français pensent que l’augmentation de l’effet de serre entrainant un réchauffement climatique est encore une hypothèse sur laquelle les scientifiques ne sont pas d’accord. Pourtant le consensus scientifique est clairement établi maintenant.

Q5. On parle de l’augmentation de l’effet de serre qui entrainerait un réchauffement de l’atmosphère de la Terre. A votre avis, est ce plutôt …

Ce qui est très surprenant, c’est l’évolution dans le temps. On pourrait s’attendre à une augmentation de la prise de conscience mais non. En 2020, la proportion de climatosceptiques est supérieur à 2007, alors même que les effets du changement climatique sont plus perceptibles (canicules récurrentes, feux de forêt etc). On remarque également bien sur cette figure l’effet de l’exposition médiatique de discours climatosceptiques comme celui de Claude Allègre dont le livre « l’imposture climatique » est sorti en 2010. Le rôle des médias dans la compréhension des enjeux climatiques est donc fondamental.

Coté élus, 20 % pensent que l’augmentation de l’effet de serre est une hypothèse encore. En réalité, ce chiffre cache une forte disparité politique. En effet, autant les élus de gauche et de la majorité présidentielle savent dans l’immense majorité que le réchauffement est une certitude, autant 38 % des élus interrogés à droite considèrent qu’il s’agit encore d’une hypothèse. Ce chiffre, particulièrement inquiétant, montre qu’une partie importante des élus de droite font un déni de la réalité du changement climatique, de ses causes et de ses conséquences. Ce fait est confirmé plusieurs fois dans le rapport.

Dans la même lignée, on note un manque de confiance important sur les résultats obtenus par les climatologues jugés par 35 % du grand public comme trop pessimistes. Mais parlent-ils de ce que disent vraiment les scientifiques ou de l’impression qu’ils en ont en écoutant les médias ? Cette question reste en suspens, le rapport ne permet pas d’y répondre.

Concernant les causes du changement climatique, encore 20 % des français croient que le réchauffement est d’origine naturelle et a toujours existé. Ce chiffre est en baisse heureusement mais il montre qu’il y a encore beaucoup de travail de pédagogie pour faire prendre conscience de l’impact des activités humaines sur le climat, fait qui ne fait plus de doute dans la communauté scientifique. Notons en plus que la question posée montre bien que la position des scientifiques pensant qu’il s’agit d’un phénomène naturel est minoritaire.
La notion de consensus scientifique semble donc loin d’être comprise par les français (et certains élus).

Q10. La plupart des scientifiques affirment que le réchauffement de la planète est causé par les activités humaines, mais certains scientifiques affirment au contraire qu’il s’agit d’un phénomène naturel qui a toujours existé. Et vous qu’en pensez vous 

Côté élus, on retrouve l’opposition notée précédemment. 40% des élus de droite (les mêmes ?) pensent que le changement climatique est uniquement un phénomène naturel. La encore c’est très préoccupant.

La perception sur les désordres du climat causés par l’effet de serre progresse fortement. Les derniers étés ont été marqués par de nombreuses canicules et les feux de forêt dans différents coins du monde qui ont fait l’actualité y ont probablement contribué. Cela dit la question est mal posée car il n’est pas possible d’attribuer formellement un évènement climatique au changement climatique. La proposition 1 aurait dû être formulée différemment –  par ex. le réchauffement climatique augmente les risques de désordre du climat et de leur conséquences (canicules, tempêtes, inondation).

Concernant les secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, force est de constater qu’encore 33 % des français pensent que les centrales contribuent beaucoup au changement climatique alors qu’il s’agit du mode de production d’énergie le plus décarboné sur tout son cycle de vie. La lutte contre le changement climatique est un enjeu majeur qui demande pour être correctement débattu une bonne information scientifique du grand public. Beaucoup de reproches peuvent être faits au nucléaire, mais on ne peut pas nier que son bilan carbone très faible est un atout de poids pour la lutte contre le changement climatique.

Q. 18 Pour chacune des activités que je vais vous citer, dites-moi si, d’après ce que vous savez, elle émet beaucoup, assez peu, peu ou pas du tout de gaz à effet de serre

Côté élus, on notera le relativement faible score de l’agriculture (par rapport au grand public). Est ce lié à l’ancrage local des parlementaires ? Faut-il le rapprocher de l’inquiétude pour la pollution de l’eau ? En revanche, sur la question du bilan carbone du nucléaire, les élus sont beaucoup plus conscients du faible bilan carbone du nucléaire. Ce décalage entre élus et grand public très important est à prendre en compte lorsque la question de l’avenir du nucléaire est abordée pour éviter des rejets par principe des  grandes mesures « venues d’en haut » et non comprises par la population.

La question du nucléaire est abordée plus loin dans le rapport avec des résultats tout à fait surprenants. Une (courte) majorité de français estime qu’il faut remplacer les anciennes centrales plutôt qu’abandonner l’énergie nucléaire. Le rapport précise une augmentation significative depuis 2007 de cette proportion. Dans le même temps les élus sont très majoritairement en faveur du remplacement des anciennes centrales plutôt que d’un abandon, y compris à gauche. Aux vu de ces chiffres, on peut très clairement s’interroger sur la fermeture de Fessenheim. Pourquoi ne pas y reconstruire un autre réacteur plutôt que de démanteler la centrale ?

Sur les conséquences du changement climatique, la prise de conscience des difficultés à venir est importante tant côté grand public qu’élus. Côté grand public, cette augmentation est très marquée depuis 2017. Par contre côté élus, la disparité entre gauche/majorité présidentielle et droite se confirme. Les élus de droite semblent particulièrement optimistes avec certains (très minoritaires certes) pensant même que le changement aura des effets positifs pour l’agriculture et les loisirs.

Q8. Si le réchauffement climatique continue, à votre avis, quelles seront les conséquences en France d’ici une cinquantaine d’années ?

La figure suivante est l’une des plus inquiétantes du rapport. 53 % des élus, soit une courte majorité, pensent que le réchauffement climatique  sera limité à des niveaux acceptables d’ici la fin du siècle. Par contraste, seuls 38% des français le pensent. Sachant que les élus sont sensés prendre les décisions qui permettent de limiter le réchauffement, cette non prise de conscience des enjeux pose vraiment question. Il est urgent que les parlementaires tiennent davantage compte des rapports du GIEC et réalisent vraiment les efforts à faire pour rester sous la barre des 2°C d’ici la fin du siècle.

Un élément de compréhension vient probablement de la question suivante. Il apparait ainsi que les parlementaires pensent bien plus que les français que le progrès technique permettra de trouver des solutions pour limiter le changement climatique. Or, se dire que le progrès nous en permettra de nous en sortir dégage les élus de toute responsabilité  concernant les mesures à adopter en urgence.

La comparaison par bord politique est intéressante et permet de bien dégager les différences entre bords politiques. Ainsi les élus de la majorité présidentielle, pourtant bien au courant des enjeux du réchauffement, semblent afficher une surconfiance dans le progrès technique. N’oublions pas que la recherche de solutions techniques pour lutter contre le réchauffement nécessite des moyens de recherche important et qu’il faut accepter de se lancer dans des projets de recherche peut être voués à l’échec

Sur l’acceptation des changements liés au changement climatique, les français sont particulièrement attachés à l’équité et à la prise de décision collective. Ce dernier point est peu partagé par les élus qui sont davantage désireux d’avantages sociaux ou même de ne rien faire. Cet écart entre les français et les élus peut faire craindre une nouvelle crise sociale comme les gilets jaunes. Notons que 66 % des élus de droite ne sont pas prêts à changer de mode de vie, loin devant l’équité et le collectif.

D’ailleurs, ce souci des français pour davantage de justice sociale se retrouve dans la question suivante sur la priorité du gouvernement dans la situation actuelle. En effet, la majorité des français souhaite réorienter en profondeur l’économie de manière à soutenir les activités préservant l’environnement, la santé et la cohésion sociale. Le contraste avec les parlementaires qui veulent très majoritairement relancer l’économie à tout prix est saisissant. De manière non surprenante, ces chiffres varient considérablement en fonction du bord politique. Ces données montrent que le gouvernement devrait soigneusement réfléchir au plan de relance de l’économie et ne pas trop se précipiter vers un retour « business as usual » qui ne fait plus consensus chez les français.

La fin du rapport présente des questions spécifiques aux parlementaires qui présentent quelques éléments inquiétants. Ainsi 42% des parlementaires pensent que les actions mises en œuvre dans notre pays sont à la hauteur des enjeux de la COP 21.

Rappelons quelques chiffres tirés du dernier rapport du Haut conseil pour le Climat pour remettre les choses dans le contexte, les émissions françaises en gaz à effet de serre ont baissé de 1,1 % chaque année alors que l’objectif est de -1,9 %. En 2019, elles ont baissées de  0,9 % en 2019 par rapport à 2020 alors que l’objectif annuel est de -1,5 %. A partir de 2024, les baisses doivent être de 3,2 % pour atteindre les objectifs fixés (source : https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/09/hcc_rapport_grand-public_2020_-2.pdf). La France est donc loin de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris. Les parlementaires, particulièrement ceux de la majorité présidentielle qui, à 63%, pensent que les actions sont suffisantes, doivent absolument relire les rapports du Haut conseil pour le climat pour réaliser qu’il faut accélérer les décisions. 

Pour les élus, les raisons qui s’opposent à la transition écologique sont variées mais on note des différences considérables entre les différents bords politiques. Si à gauche, les lobbies et le manque de financement sont les difficultés principales, les élus de la majorité présidentielle notent surtout les difficultés à prévoir le  progrès technique et les difficultés à trouver des accords entre partenaires. Or nous avons précédemment vu que la majorité présidentielle avait une surconfiance dans le progrès technique : compter trop fortement sur  des solutions techniques futures très incertaines pour lutter contre le changement climatique n’est peut-être pas la meilleure option à terme. Concernant les élus de droite, la principale difficulté vient de la résistance au changement de la société. Sachant que ce sont aussi eux qui disent à 66 % ne pas être prêts à changer leur mode de vie, c’est assez cohérent…

Enfin, notons que l’opinion des élus sur l’utilité de la convention citoyenne est très contrastée selon le bord politique.  Le rejet est notamment massif chez les élus de droite (87% de non). Pourtant ce que montre ce rapport c’est une certaine déconnexion entre les attentes des français sur la lutte contre le changement climatique et les préoccupations des élus. Il semble y avoir là une crise importante de représentativité sur un enjeu majeur pour l’avenir. La convention citoyenne est un outil permettant de résoudre en partie cette crise qu’il ne faut pas enterrer. Les élus et particulièrement ceux de droite ont probablement tout intérêt à lire très attentivement ce rapport de l’ADEME s’ils veulent rester en phase avec les attentes des français sur la lutte contre le changement climatique.

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